---
author:
- Crutzen, Cecile K.M.
keywords:
- (Cyber)feminism
language: French
title: "L\u2019interaction, un monde de diff\xE9rences. Dualit\xE9s et dialogues dans\
  \ l\u2019univers de l\u2019informatique  [1]"
---
::: {.page}
#### Crutzen, Cecile K.M.

L'interaction, un monde de différences. Dualités et dialogues dans l'univers de l'informatique \[1\]
----------------------------------------------------------------------------------------------------

::: {.chapeau}
Traduction: Ilke Joukes

Révision : Adeline Weckmans

\[1\] Cet article est un extrait de "L'interaction, un monde de
différences. Une opinion sur l'informatique développée du point de vue
des études du genre." Crutzen, Cecile K.M. Dissertation, Open
Universiteit, Heerlen, 2000.
:::

::: {.download}
On-line version: <http://digitales.constantvzw.org/texts/>
:::

::: {.texte}
**Thèse.**

La performance du genre sera explorée dans le domaine de l'informatique
à travers les dualités qu'elle a générées. Les études du genre proposent
une perspective et des outils d'analyse qui font percevoir d'une
certaine manière ces dualités et qui peuvent transformer ces dualités en
dialogues. De ce point de vue, une transition de dualité à dialogue
s'opère. Ces dialogues sont possibles à tous les niveaux de
l'informatique à condition que des espaces soient créés à cet effet.
Cette étude se centre sur les dualités "sujet-objet" et
"création-utilisation".

**Historique de la recherche**

La recherche "l'interaction, un monde de différences" \[Crutzen 2000a\]
a été menée en partant de la constatation que dans l'univers de
l'Informatique les femmes assument de manière différente des hommes les
rôles d'acteurs et aussi qu'il y a certains de ces rôles qu'elles
n'assument point. Ainsi sont-elles nettement sous-représentées dans le
rôle de créateur de certaines parties des représentations de
l'informatique. C'est le symptôme d'un phénomène plus complexe.\
Quel est ce malaise dans le domaine de l'informatique qui fait que la
"féminité" n'est pas présente dans les différentes strates porteuses de
constructions de significations ? Pourquoi les valeurs attribuées à la
féminité sont-elles simplifiées et stéréotypées?\
Un dilemme éthique se pose ici. Faut-il encourager les femmes à
travailler dans le domaine de l'informatique? Ce fut à l'occasion de la
conférence " Woman, Work And Computerisation" de 1991 que Susan Leigh
Star exprima ce dilemme de solidarité et ses sentiments ambigus
vis-à-vis du sujet .\
La question effleura son esprit quand ses collègues de la Faculté dans
laquelle elle travaillait lui demandèrent de les aider à attirer des
étudiants féminins. Elle se demandait si elle devait donner ses cours
d'informatique tels qu'elle avait l'habitude de le faire: " Was I just
supporting computer science as it is? " Regardant autour d'elle l'impact
qu'avait l'informatique sur les femmes, elle s'était posé la question:
voulait-elle réellement faire des efforts dans le but d'attirer plus de
femmes dans le domaine de l'informatique \[Star91, p.81-82\]. Les
questions de Susan Leigh Star vont droit au coeur du dilemme auquel
l'informaticien féministe se voit confronté.

D'une part, son devoir est de vaincre les barrières qui empêchent
l'accès des femmes à cette discipline. D'autre part, elle doit les
introduire dans une branche où la différentiation humaine est occultée.
La solution provisoire pour ce dilemme est le dilemme lui-même, à
savoir, semer des doutes au centre même du processus en tant qu'intrus.
\[Crutzen98\], \[Crutzen99\], \[Crutzen2000\].

Devenir, être et rester un intrus dans la communauté close qu'est
l'informatique ne peut réussir qu'en passant par toutes les phases de la
socialisation. Or, socialisation signifie adaptation à la façon d'agir
et de procéder qui fait loi dans la société dominante par l'interaction.
Ainsi, Evelyn Fox Keller considère la socialisation comme une condition
sine qua non pour apporter des modifications dans un monde
d'interaction. Une condition qui vaut pour les sociétés fort closes car
pour obtenir des changements dans un univers d'interaction, il y faut
être présent ( Keller85, p. 173).\
La discipline de l'informatique ne prête presque pas d'attention aux
aspects du genre dans l'espace
informatique.[ \[[1](#nb1 "Je conçois l’univers informatique comme un monde d’interaction qui se compose (...)"){#nh1
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}\
Lors de l'élaboration des produits informatiques, le féminin et le
masculin sont considérés comme peu pertinents. A la limite, on valorise
les qualités des caractéristiques soi-disant féminines dans
l'interaction de l'informaticien avec l'utilisateur. Dans le domaine de
l'élaboration de représentations informatiques il n'y a pas de
possibilités évidentes et de moyens prêts à disposition pour établir un
dialogue enrichissant entre le féminin et le masculin. Les stratégies
lancées au début des années quatre-vingt-dix par des femmes telles que
"rattraper le retard", "échapper au rôle de la victime" et «introduire
l'aspect social» n'ont pas réussi à faire entrer les femmes en plus
grand nombre dans la branche de l'informatique.

En dépit des efforts intellectuels entrepris pour remédier aux causes
qui sont à la base du faible engagement des femmes, la branche de
l'informatique reste inchangée dans ses fondements théoriques ou dans sa
méthode de procéder. Une signification est tout au plus attribuée au
féminin dans l'interaction entre l'informatique et d'autres mondes, une
signification issue de la dualité avec le masculin.\
Il s'ensuit que le monde des utilisateurs-qui compte également des
femmes- est de cette façon associé au féminin et le centre des
informaticiens est implicitement considéré comme masculin.\
La féminité est identifiée avec le côté tendre de l'informatique. Ces
associations sont en relation étroite avec la tendance de penser en
dualités et en causalités. Nombre de personnes considèrent l'opposition
hiérarchique "homme-femme" comme la base de la pensée dualiste
\[Culler83, p. 160-165\], \[Meijer91\].\
Il faut rompre le lien causal entre le nombre restreint de femmes dans
l'informatique et la manière par laquelle l'informatique est marquée par
le genre.\
Ainsi saura-t-on résoudre le dilemme éthique.

Pour éviter que la féminité et la masculinité ne soient réduites à leurs
propriétés sexuelles et biologiques, le genre sera considéré comme un
processus dans lequel masculinité et féminité symbolisent les aspects
qui dans l'informatique sont soit estimés soit sous-estimés et ceux qui
sont rendu visibles vis- à- vis de ceux qui sont
occultés.[ \[[2](#nb2 "Jane Flax parle des relations du genre comme d’un ensemble de processus (...)"){#nh2
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}

**La présence du doute**

Avec chaque action, l'être humain modifie quelque chose dans l'espace
qu'il occupe. Mais dans quelle mesure ces changements sont-ils
"présents" dans ces mondes de l'interaction, dans la discipline et
l'univers de l'informatique? Quand les changements provoqués par des
actes ressemblent aux changement précédents ou quand ils répondent aux
attentes des gens, ils confirment ce que les gens expérimentent comme
évident. Aucun doute n'est suscité.\
Le concept du doute est considéré comme une signification donnée par des
acteurs aux observations qui les incitent à réfléchir à un agissement
transformatif. La présence constitue la potentialité du doute de la
propre façon d'agir et de celle des autres acteurs. La présence amène
aussi une potentialité du doute quand ces actes sont confrontés aux
représentations informatiques disposées.

Les produits informatiques représentent des activités qui sont disposées
dans les mondes d'interactions par leurs acteurs. Les représentations
informatiques obtiennent une signification par leurs acteurs dans et à
travers l'action et l'interaction.\
Comme l'observation des acteurs se situe toujours dans un monde
d'interaction, la signification dépendra du monde de l'interaction dans
lequel la représentation aura trouvé accès.\
C'est un monde où l'interaction des personnes est influencée par
l'introduction de la façon d'agir de la représentation informatique. Il
en résulte que le domaine de recherche ne peut être limité à
l'interaction «être humain --ordinateur» car les significations sont
construites selon la manière par laquelle la représentation informatique
est "présente" dans les mondes de l'interaction.

**Méthode d'analyse: la déconstruction**

Questionner directement le sens de "féminité" et "masculinité" est
impossible en raison de la neutralité idéalisée du genre dans
l'informatique, d'où provient la domination implicite d'une connotation
« masculine » à certaines actions.\
L'analyse se fait uniquement par la voie de la déconstruction des
dualités implicites et explicites de l'univers informatique.\
A la limite on essayera de transformer les contre positions existantes
en dialogues.\
La déconstruction des oppositions "sujet-objet" et
"concept-utilisation", présentes dans le domaine de l'informatique, est
un outil d'analyse qui servira à dévoiler la nature du genre.\
D'une part, la déconstruction est un processus de négociation sur les
changements qui ont eu lieu, d'autre part elle engendre des altérations
de sens ce qui veut dire en réalité que l'on négocie de nouvelles
constructions.

Ce n'est donc pas une méthode ( selon Derrida celle-ci n'existe même
pas) pour contrôler la représentation en la saisissant, plutôt s'agit-il
d'un processus qui continue perpétuellement, une méthode dont les
résultats ne peuvent être présentés comme des produits finis. Veronica
Vasterling décrit la déconstruction de Derrida de la façon suivante:
«cette lecture du texte et la production de cette lecture pourrait être
envisagée comme un double mouvement: l'analyse et l'explicitation des
structures du texte, de ses lignes et de ses nœuds, tout en démontrant à
la fois la volatilité précaire de ces structures et lignes". Selon
Vasterling mettre à nu les structures ne se fait pas dans le but de
rendre ces structures claires et compréhensibles, mais pour démontrer
que ce sont les structures-mêmes qui sont la tache blanche dans le
discours \[Vasterling83, p. 92\].\
C'est une recherche de l'évidence de certaines structures présentes dans
le discours.\
C'est selon Gerta Biesta la différence entre la déconstruction et les
autres méthodes rationnelles de critique. "What is crucial to see, is
that deconstruction puts its challenge to the "iron grip" of rationality
out of its concern for what (or who) is structurally excluded. It puts
its challenge to rationality, in short, in the name of justice."
\[Biesta98\]\
Jonathan Culler en dit: "Deconstruction has no better theory of truth.
It is a practice of reading and writing attuned to the aporias that
arise in attempts to tell us the truth. (\...) Working in and around a
discursive framework rather than constructing on new ground, it
nevertheless seeks to produce reversals and displacements. It persists
not as a univocal set of instructions but as a series of differences
that can be charted on various axes, such as the degree to which the
work analyzed is treated as unit (\...)." \[Culler83, p. 155, p. 228\].

Il n'existe pas de prescription algorithmique qui dicte comment procéder
dans la méthode d'analyse critique qu'est la déconstruction.\
La déconstruction est pour cette raison une méthode permettant de
trouver la direction des modifications désirés dans les opinions sur les
interactions et, par elles, dans le domaine de l'informatique.\
La déconstruction crée les ouvertures vers la négociation d'une future
façon d'agir qui soit désirable. Tout ce qui est devenu évident sera
grâce à la déconstruction questionné. Des lieux se créent où des
attentes et vœux sont énoncés.\
Mais plus importante encore est la possibilité qu'elle offre d'altérer
les attentes et les vœux depuis la situation même des auteurs. La
déconstruction met à nu la manière d'agir dans le passé pour ensuite
changer éventuellement la façon d'agir.

Dans le projet de la déconstruction des dualités de l'informatique -
méthode qui à son tour fera naître d'autres constructions - les études
du genre sont un partenaire idéal tout comme l'inspiration philosophique
de Heidegger et de Dewey qui peuvent altérer la pensée.\
La pertinence de Heidegger et de Dewey réside dans leur compréhension de
la pragmatique de la vie quotidienne. Ces philosophes décrivent
l'interaction en soi. Jean Grabal dit de Heidegger: "His work, even as
early as 'Being and Time', seemed to me to be on the track of a new way
of thinking that hoped to analyze the conditions and structures of
everyday life, instead of abstracting and etherealizing." \[Graybeal90,
p. 157-158\]\
Heidegger chercha de manière déconstructive le sens caché de la
technologie \[Coyne95, p. 10\] alors que Dewey nous fait comprendre la
valeur du doute dans l'enseignement afin de modifier la conduite.

[
![](https://www.constantvzw.org/verlag/IMG/png/crutzen.png){width="400"
height="300"}]{.spip_document_29 .spip_documents .spip_documents_center}

Dans certains domaines de l'informatique-notamment dans celui du
développement du logiciel- il est possible d'établir un lien plus
affectif avec l'empirisme féministe pour changer la relation
sujet-objet. L'opportunité se présente dans le redécouvrement du sujet.
Dans les domaines du Participatory Design et du HCI
(Human-Computer-Interaction) on pourrait envisager une conception plus
différenciée de la relation sujet-objet comme cette relation-là est le
sujet même des concepts à élaborer. En reliant l'informatique avec les
théories du «standpoint» féminisme, l'utilisateur pourrait faire
entendre sa voix lors du processus d'élaboration.

Ce sont surtout des informaticiennes critiques qui s'inspirent du
mariage des études de genre avec l'informatique. Employant la
perspective "sujet-objet" Alison Adam a analysé les méthodes et les
théories dans le domaine de l'intelligence artificielle \[Adam94a\],
\[Adam98\]. Carolien Metselaar a décrit comment un biais du genre se
développe lors de l'acquisition du savoir dans les systèmes qui se
fondent sur la connaissance (knowledge based systems). Elle estime que
les systèmes du savoir se basant sur des règles ne sont pas efficaces
pour décrire ce "tacite" présent dans certains domaines \[Metselaar91\].

**Les dualités choisies et l'altération des sens de création et
d'utilisation**

Dans le domaine de l'informatique, les sens des dualités
"utiliser-concevoir" et "sujet-objet" fonctionnent comme des hiérarchies
binaires opposés qui se renforcent mutuellement. L'attribution du sens
de "utiliser" ou de "création" à certaines actions dans l'univers de
l'informatique n'échappe pas à la marque du genre. Certaines actions
reçoivent le sens de "utiliser passivement" et d'autres actions
reçoivent le sens de "concevoir créativement".

Cette relation entre le sujet et l'objet est implicitement présente dans
la discipline de l'informatique.\
L'aspect subjectif du sujet est occulté parce que l'objet observé
coïncide avec sa représentation sous la forme d'un modèle d'information.
Ce modèle n'offre que très peu de moyens à l'objet pour rendre plus
visible sa propre conduite subjective ou pour souligner la subjectivité
dans la conduite du sujet.

La socialisation des futurs informaticiens se réalise par
l'apprentissage des méthodes et des théories qui se basent sur le
fonctionnalisme \[Hirschheim95, p.234-238\].Dans ce paradigme
"l'observation et la représentation objective et neutre" est conçue
comme l'idéal à réaliser. Les études de genre sont un "outil" qui
permettent de douter des théories et des méthodes qui recherchent la
vérité objective et qui tendent à représenter cette vérité
objectivement. Dans le domaine de l'informatique, la foi en une seule
vérité indépendante du sujet est encore tenace. Même si cette vérité est
considérée comme un idéal inaccessible, de son existence on ne doute
pas. La "Vérité" au sein de l'informatique est une vérité qui est
efficace, dirigée et fiable.\
La dualité "sujet-objet" est dans l'informatique associée à la dualité
"concevoir-utiliser". Les actions de l'analyse et de la représentation
sont associées à la personne qui élabore la représentation informatique
et qui la rend prête à l'emploi. Le sujet est considéré comme un
créateur de technologie neutre.\
L'utilisateur et le domaine sont des objets modelés et figés dans la
représentation informatique par ce sujet. L'objet apparaît alors comme
un objet passif qui agit exclusivement à travers la gamme d'actions
disposées par la représentation informatique.

[
![](https://www.constantvzw.org/verlag/IMG/png/Capture-CRUTZEN-FR_en_lecture_seule_-_OpenOffice-org_Writer_.png){width="300"
height="224"}]{.spip_document_40 .spip_documents .spip_documents_center}

La déconstruction de «utilisation et création » et de « sujet-objet » se
fera à plusieurs niveaux:

*Niveau 1: l'analyse de la technologie.*\
Le niveau de l'analyse de la technologie correspond au niveau de la
formulation d'opinions relatives à la façon suivant laquelle on veut
percevoir "le développement de la technologie". Un changement d'opinion
à ce niveau signifierait dire adieu au déterminisme technologique.
L'interaction entre utiliser et concevoir est perçue comme un processus
constructiviste, dans lequel plusieurs acteurs sont concernés lors de
l'élaboration d'une représentation informatique. Dans cette perspective,
les informaticiens ne sont plus les seuls à assumer le rôle de
créateur, et donc, de décider de la représentation informatique.

*Niveau 2: l'interaction entre le monde de l'utilisation et celui du
concept.*\
Dans le procédé de l'élaboration de représentations informatiques il est
possible de remplir l'espace entre l'action d'élaboration et celle de
l'utilisation par des dialogues approfondis entre utilisateurs et
créateurs. La distance entre l'action de l'élaboration et celle de
l'utilisation se crée en situant les deux actions dans deux mondes
différents. Cette distance disparaît en créant un "lieu"où l'élaboration
et l'utilisation se joignent. Aussi bien la théorie que la pratique du
Participatory Design et la recherche menée sur des projets semblables
contribuent à donner corps et contenu à cet espace.

*Niveau 3: l'interaction entre les acteurs et les représentations
informatiques.*\
Des significations nouvelles et des contenus nouveaux s'ajoutent aux
actions de l'élaboration et de l'utilisation qui ont lieu dans
l'interaction entre la représentation informatique et les acteurs. Aussi
bien les créateurs que les utilisateurs des représentations
informatiques construisent des significations à toute interaction.\
Dans le domaine de l'informatique l'attention devrait se diriger vers
"une dynamique de l'interaction" plutôt que se limiter à une
"classification de l'utilisateur".

La déconstruction nous permet de "démontrer" que la signification
symbolique de l'élaboration dans l'univers informatique est fortement
orientée sur le produit. Les actions qui aboutissent à une nouvelle
représentation sont appelées des "créations" alors que l'action
proprement dite, la fabrication et l'emploi de ces représentations de
l'informatique, n'est jamais jugée. La déconstruction esquisse une image
différenciée de l'élaboration et de l'utilisation en démontrant qu'aussi
bien utilisateurs que créateurs de représentations passent par un
processus de création et d'utilisation selon la situation dans laquelle
ils se trouvent et selon leur horizon. Dans la branche de l'informatique
et dans l'univers informatique il y a beaucoup d'actions inspirées
d'activités routinières qui mènent au résultat de l'élaboration d'un
produit. Cette routine réside dans l'utilisation de modèles préparés, de
théories et de méthodes où l'image du produit à élaborer a déjà été
largement déterminée. En ce sens on ferait mieux de parler d'utilisation
que d'élaboration. D'autre part ces actions qui nouent une relation
interactive avec un produit informatique pourraient et devraient être
des actions constitutives d'élaboration. Le procédé capable de tisser
une interactivité entre l'acteur et la représentation est un procédé
d'élaboration et d'utilisation qui a lieu dans l'interaction. A travers
la déconstruction des significations opposées d'élaboration et
d'utilisation, on découvre que pour parvenir à un usage mutuel il est
nécessaire et désirable de changer les actions considérées comme
évidentes.\
Il s'agit d'un processus de négociations entre l'acteur et la
représentation informatique dans lequel l'utilisation mutuelle est
élaboré depuis sa propre situation. L'utilisation mutuelle n'est pas à
disposition immédiate, mais est obtenue à travers tout un processus.
L'élaboration est une action qui se dirige vers le futur. Elle implique
le doute et le changement éventuel des actions routinières en étant en
interaction avec les actions à disposition.\
La nécessité d'agir en élaborant est rendue possible par la présence de
l'inattendu dans les actions lequel ne peut être vécu qu'à travers
l'action.\
Les actions mènent à la possibilité de la découverte de l'utilité
potentielle des représentations informatiques. Ensuite il est possible
de décider dans quelle mesure la représentation informatique est dotée
d'une "utilisation mutuelle" afin de saisir son "abandon". L'abandon est
une forme de présence entre l'acteur et la représentation informatique.
Heidegger nomme cela "Verläßlichkeit von Zeug". L'acteur sait alors en
quelle mesure et en quelles situations il peut se fier à la
représentation informatique mais il sait surtout quand il doit
l'abandonner \[Heidegger36, p. 28\].

**Communication et interaction sans construction de significations.**

Les modèles de communication et d'interaction qui attribuent à peine une
signification aux processus constitutifs de significations des acteurs
humains entre eux et avec la représentation informatique, s'inscrivent
dans la façon dominante et évidente de procéder dans la discipline de
l'informatique. La déconstruction indique que la dominance de modèles
trop simplistes des concepts "communication", "interaction" et
"processus constructeurs de significations" relève d'une pensée et une
procédure qui est dualiste. L'informatique conçoit la communication et
l'interaction comme des processus de cause à effet entre émetteur et
récepteur. Les actions et les messages des émetteurs sont des impulsions
qui poussent les récepteurs à agir. Par conséquent les actions peuvent
être structurées et planifiées. L'opposition hiérarchique binaire
"émetteur-récepteur" constitue la base de l'opposition et de la distance
dans les dualités:"sujet-objet" et "élaboration-utilisation".\
La maniabilité d'une représentation informatique sert de protocole pour
les actions nécessaires qu'exécutent les utilisateurs et la
représentation informatique. Chaque action est vue comme un message
envoyé, une impulsion pour des actions suivantes. L'informaticien est
l'émetteur qui envoie la représentation informatique comme un message à
l'utilisateur qui lui, en tant que récepteur, ne peut interpréter ce
message que d'une seule façon. La représentation informatique est
considérée comme un acteur dans un procédé d'interaction dans lequel les
messages sont des impulsions menant à l'exécution d'une conduite
déterminée préalablement.

[
![](https://www.constantvzw.org/verlag/IMG/png/tableau2.png){width="349"
height="113"}]{.spip_document_39 .spip_documents .spip_documents_center}

Les limites du modèle de transmission et d'autres modèles dérivés tel
que le modèle "entrée-traitement-sortie" sont toutefois observées par
des informaticiens. Les informaticiens ne sont pas aveugles. Les
représentations informatiques ne sont pas des messages dépourvus
d'ambiguïté et l'utilisateur n'interprètera pas forcément correctement
le message qui lui a été envoyé. Ces situations sont néanmoins
considérées comme des erreurs imputables à un mauvais concept.\
Le modèle "émetteur-canal-récepteur" où le canal est considéré neutre et
où le canal assure une réception univoque du message envoyé est l'idéal
que l'on aspire à réaliser en introduisant des mécanismes de contrôle en
retour. Ces mécanismes visent à corriger la conduite déviante, dans le
domaine et auprès de l'utilisateur, pour que l'action ne s'éloigne pas
trop de cet idéal: l'assurance d'une transaction souple (facile, aisée)
entre la représentation et l'interprétation. La déviation de l'action
idéale- l'action déterminée d'avance- est utilisée à fin de s'approcher
aussi près que possible de cet idéal. Les processus créateurs de
significations qui ont lieu entre les utilisateurs et les concepteurs
sont estimés pour autant qu'ils permettent de corriger à temps les
dérogations à la règle générale et pour optimaliser une interaction sans
ambiguïté entre l'utilisateur et la représentation informatique.

Trop souvent le Participatory Design est représenté comme un espace
temporel dans lequel les informaticiens modèlent à leur guise des
mécanismes de contrôle en retour.\
En général ces espaces servent à évaluer la manière pour ajuster
l'interaction entre l'utilisateur et la représentation informatique.\
L'informaticien évalue la capacité d'adaptation maximale des futurs
utilisateurs courants et décide comment il alignera les moyens
d'ajustement dans la représentation informatique. Les ruptures entre les
utilisateurs et les représentations informatiques constituent des leçons
pour les concepteurs car celles-ci incitent à réfléchir sur la capacité
d'adaptation des êtres humains. L'ensemble de ces ruptures est
l'ontologie du processus d'apprentissage des concepteurs.\
Les ruptures permettent aux concepteurs d'évaluer quels moyens
correspondront mieux aux capacités d'adaptation des gens et en même
temps elles offrent la possibilité d'agir de façon transformative dans
le domaine de l'informatique.\
Cette opinion concernant les ruptures est néanmoins trop restreinte car
elle ne montre pas que ces moments de rupture sont nécessaires à
l'utilisateur pour l'élaboration individuelle de la maniabilité mutuelle
par l'interactivité. Sous cet angle le Participatory Design apparaît
comme un mécanisme construisant des significations.\
Il limite préalablement les actions transformatives des utilisateurs en
dialogue avec eux et les termine quand les concepteurs croient en avoir
assez compris de la capacité d'adaptation des utilisateurs.
L'interaction entre utilisateurs et les représentations informatiques
est ensuite disposée comme un monde d'interaction clos, dans lequel les
actions qui sont permises entre la représentation informatique et
l'utilisateur ont été définies, et dans lequel les actions déviantes
seront ajustées. Les informaticiens s'obstinent à croire qu'il est
possible de concevoir des représentations informatiques qui
conviendraient à un utilisateur courant dans toute situation à condition
d'ajuster suffisamment la généralisation par des spécialisations.
L'idéal d'une communication et d'une interaction dépouillée de conflits
et d'ambiguïtés a du sens pour la création du logiciel et du matériel.
Dans l'interaction entre le logiciel et le matériel, il ne peut y avoir,
pour des raisons de sécurité, des différences entre interprétation et
représentation, ou bien l'interprétation doit être telle que les
divergences des agissements peuvent servir à l'ajustement. Ainsi, la
puce de la carte bancaire est préfigurée d'une manière spécifique pour
garantir une interaction sans problèmes entre le client et la banque. La
carte bancaire est un canal intermédiaire entre le client et la banque
et doit assurer une sécurité convenue entre les deux. Comme il n'est pas
possible de garantir à cent pour cent cette sécurité il importe
d'optimaliser celle-ci afin d'améliorer les transactions financières
électroniques. Cet objectif qui vise à créer une unilatéralité et
sécurité parfaites dissimule les autres objectifs possibles des
représentations informatiques. En aspirant à la réalisation d'un seul
objectif, les actions d'élaboration et de création des concepteurs et
des utilisateurs sont camouflées. Assurer la sécurité sert bien souvent
de prétexte pour freiner la créativité. Les procédés qui conduisent à
des actions transformatives dans l'informatique ne sont pas seulement
sous-exposés mais sont sous-estimés.\
L'informatique élabore des représentations pour aider ses utilisateurs à
intensifier ou à freiner --en tout cas à changer- la façon d'entrer en
interaction avec d'autres personnes. Probablement changent-elles
également les contenus de l'interaction. Suivant la pensée de Brenda
Laurel je suis d'avis que l'interaction est un moyen et un concept
important pour mesurer ce qui se passe dans le domaine de
l'informatique. Dans l'espace de l'interaction, les actions conjointes
des acteurs construisent des significations ( Laurel93, p. xii). Si
l'informatique ne veut pas gâcher ou restreindre le potentiel
d'interaction sociale, il lui faudra nécessairement prendre conscience
de cette richesse. Selon Terry Winograd cette prise de conscience ne
peut naître que dans l'interaction avec d'autres disciplines: ainsi elle
fera l'expérience de goûter à la richesse de l'interaction.
L'informatique devra établir de préférence des relations avec les
disciplines qui mettent au premier plan "l'interaction des êtres
humains".[ \[[3](#nb3 "Il a déjà été mentionné que les études du genre sont une branche (...)"){#nh3
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}\
L'interaction entre personnes, l'interaction entre personnes et machines
et l'interaction entre machines sont des interactions nettement
distinctes.\
Une distinction fondamentale réside dans le fait que les interactions
entre machines suivent des protocoles pré-établis et séquentiels alors
que les interactions entre humains peuvent se passer de ces règles et
programmations.\
C'est une différence
majeure. [ \[[4](#nb4 "Il est évident que dans certains univers humains nous percevons des types (...)"){#nh4
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}\
Mais décrire de façon généralisante l'interaction du point de vue de
l'interaction "machine-machine" amènerait une opinion trop réductrice du
potentiel d'interaction entre personnes.\
Un danger apparaît lorsque de telles descriptions interactives
deviennent en outre préscriptives et déterminantes pour l'interaction
entre humains. C'est pourquoi le domaine de l'interaction «être
humain-machine» est le terrain où le conflit entre les diverses opinions
sur l'interaction, apparaît à la surface. Ce conflit traduit le dilemme
actuel auquel l'informatique se voit confronté. L'interaction dans
l'informatique est-elle uniquement celle entre les artefacts techniques?
Le point de départ est-il l'ensemble de l'interaction entre personnes et
de l'interactions entre personnes et artefacts techniques?\
Est-ce que c'est seulement la partie formellement descriptible de
l'interaction humaine qui compte aux yeux de l'informatique?\
Si un jour l'informatique décidait de voir et d'employer "l'interaction"
comme son concept de base, un concept à travers lequel des attentes et
des vœux se réaliseraient, elle serait obligée de participer à cette
interaction afin de saisir son sens et d'en connaître les possibilités
tout comme elle devrait apprendre à voir ces interactions comme des
mondes d'interactions socialement et techniquement construites et dans
lesquels chaque participant est concerné et chaque informaticien un
acteur.\
L'expérience de l'interaction est créatrice de l'interaction.

**La redécouverte des représentations informatiques en tant que rôle
non-déterminé et outil.**

Aussi bien informaticiens qu'utilisateurs ont tendance à s'attendre à ce
que chaque représentation informatique soit préparée tel un outil
hermétique prêt à l'emploi dans les mondes de l'interaction.\
Par des moyens (instruments) on entend les choses qui de toute évidence
sont présentes dans les actions humaines. Ils ont été mis à disposition
pour réaliser un certain but. Le rôle et le but sont des choses figées.
Pour la plupart des gens un marteau est un moyen. Non seulement parce
que son but est figé mais aussi parce que toutes les actions relatives à
l'emploi du marteau sont, pour ainsi dire, préparées et alignées. La
présence du marteau est basse car la maniabilité mutuelle a été figée.
Les interactions avec le marteau et les objectifs de ce marteau font
partie de la routine quotidienne. Mais si quelque chose d'inattendu
survient dans son usage le marteau regagne sa haute présence.\
Toutes les choses que les gens impliquent dans leurs actions n'ont pas
un rôle et un objectif prédisposé. Dans la majorité des
cas (généralement) les choses ne sont pas considérées comme des outils
mais comme des moyens dont l'être humain se sert pour mettre en œuvre un
processus de négociation dans lequel il décide comment cette
représentation sera impliquée dans ses actions et quel objectif il veut
atteindre avec celle-ci. Ainsi, pour la grande majorité des gens, la
voiture est simultanément moyen et outil. Le potentiel d'action mutuel,
ici le rôle du conducteur, est figé et s'inscrit désormais dans les
actions routinières de tous les jours. L'obligation d'avoir un permis de
conduire prouve que conduire une voiture est devenu une routine.\
Chaque nouvelle voiture mise à la disposition des automobilistes
n'exigera pas de grands efforts de conception et d'utilisation. La
voiture est conçue de telle manière que son usage répond parfaitement
aux actions permises et aux actions qui correspondent au rôle de
conducteur responsable.\
La voiture assume un rôle stabilisé et circonscrit lors d'un processus
social, et en ce sens la voiture est un moyen quoiqu'elle reste encore
un outil car chaque utilisateur individuel négocie et décide dans le but
de quels objectifs cette voiture sera employée étant donnée l'existence
de la concurrence avec d'autres moyens ou outils qui servent les mêmes
objectifs. Par exemple, voyager, transporter ou tout simplement se
vanter de son véhicule. Le rôle joué par la voiture est à chaque fois
lié à d'autres rôles que l'acteur, à un moment donné, veut exercer ou
assumer.\
La voiture est donc à chaque fois emboîtée dans le rôle composé
qu'assume l'acteur à un moment donné. Tout comme la voiture, la majorité
des représentations informatiques sont simultanément outil et moyen, à
la différence de certaines représentations informatiques qui ne
s'inscrivent toujours pas dans les actions de routine.\
D'une part, comme le rôle de la voiture, le rôle de la représentation
informatique se voit figé dans un potentiel d'action et se trouve à cet
effet de plus en plus préparé comme tel. D'autre part, l'ajustement du
rôle aux objectifs de l'acteur n'a pas encore été figé ce qui implique
que la voie est toujours ouverte aux négociations.\
Certains spécialistes n'attribuent plus de signification au traitement
de texte en tant qu'objet. La signification de celui-ci se marie à
l'objectif qu'il sert, à savoir, à produire des textes. Ce n'est que
quand le traitement de texte faillit à ce que l'utilisateur lui demande,
que l'utilisateur reprend conscience du traitement de texte et celui-ci
est de nouveau considéré comme un objet.\
Lors de l'interruption l'utilisateur est de nouveau à même d'observer
ses propres actions routinières et celles préparées par le traitement de
texte. A ce moment l'utilisation routinière est laissée derrière soi et
les utilisateurs chevronnés se mettent à exécuter des actions
d'élaboration. Des utilisateurs moins expérimentés se trouveront par
contre encore dans un processus de négociations et réfléchiront à
impliquer le traitement de texte dans leurs actions au moment de
produire un texte.\
L'utilisation d'un stylo sera plus appropriée dans ce cas. Mais pour
l'utilisateur qui connaît bien le fonctionnement du traitement de texte,
c'est plutôt le stylo qui est devenu outil en raison de la présence
évidente du traitement de texte.\
Aussi longtemps que l'acteur est capable de voir l'interaction entre le
stylo et le traitement de texte, ce stylo et ce traitement de texte
échapperont à l'évidence. Le traitement de texte et le stylo sont des
métaphores qui renvoient à beaucoup de choses qui sont très proches de
nous et entre lesquelles des interactions sont possibles.\
Les choses reviennent à leur état d'outils quand ces choses et leur
interaction mutuelle est proche des gens. Cette interaction est partie
intégrante du processus de construction de significations que les
humains engagent avec les choses environnantes et qu'ils utilisent.\
Une présence trop dominante de l'aspect moyen, supplanterait l'aspect
outil et cela supplanterait en même temps d'autres outils.

**\
L'action des informaticiens s'oriente vers les moyens au lieu de
s'orienter vers l'outil.**

La relation qu'entretiennent les informaticiens avec leur propres
représentations informatiques reflète qu'ils sous-estiment les processus
qui mènent à la construction de significations. Les informaticiens qui
sont les concepteurs des représentations informatiques emploient
eux-mêmes des méthodes, des théories et des opinions dans la création de
nouvelles représentations.\
Mais dans quelle mesure, en somme, les actions des informaticiens
sont-elles transformatives?\
Les méthodes de l'informatique sont de plus en plus considérées comme
des moyens prédisposés. Les méthodes sont renforcées en élargissant les
champs d'application et en complétant sans cesse les méthodes
existantes. Les informaticiens se dirigent toujours plus vers les portes
de la routine. Le but est d'analyser et de créer des routines et pour ce
faire, eux-mêmes exécutent des actes routiniers en travaillant avec
leurs méthodes. Par renforcement de la perspective introspective appelée
"inward-looking" l'informatique a limité sa manière d'agir et de
procéder.\
[ \[[5](#nb5 "Terry Winograd nous parle de “inward-looking perspective” (Winograd96, p. (...)"){#nh5
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}\
L'informatique se concentre sur la production du logiciel et du
matériel. Les méthodes d'interprétation y sont totalement adaptées.
L'observation se voit cloîtrée dans les murs de ces méthodes, qui
perturbent l'observation.\
C'est pourquoi les méthodes, théories et modèles convergent de plus en
plus vers des représentations circonscrites qui ne sont pas sensés
entraîner des actions transformatives. Fréquemment on applique ces
méthodes à des objets pour lesquels elles ne sont pas développées. Le
déplacement de méthodes de construction semblables n'est pas, de ce
point de vue, un exemple d'action transformative, mais plutôt d'action
routinière qui reflète la sécurité de ces mondes d'interaction humaine
mis à disposition et fonctionnant comme des machines construites. Ce
déplacement occulte le canal non dénué d'ambiguïté qui se situe entre
l'utilisateur et la représentation informatique.\
Actuellement on a tendance à supposer que les collections prédisposées
d'images et d'actions des acteurs finiront par fonctionner comme
l'espère l'informaticien, à condition de corriger à temps les erreurs
dans le concept. Les informaticiens tentent progressivement de diminuer
l'espace et la distance entre la représentation et l'interprétation,
tant en ce qui concerne leur propre action que celle des acteurs qui
utilisent leurs produits. Des translations surviennent qui semblent
passer sans problèmes des émetteurs aux récepteurs car les translations
libres et ambiguës sont niées.\
Le produit à élaborer reçoit les caractéristiques d'un moyen préparé et
d'un rôle figé d'avance pour les utilisateurs. Le processus créatif de
l'utilisateur disparaît parce qu'il n'y pas de lieu ou d'espace créé à
cet effet mais également parce que les méthodes d'observation ne
perçoivent pas ce processus de création.\
L'expectative des informaticiens que les utilisateurs emploient de la
même façon qu'eux-mêmes le produit prédisposé, n'est pas questionnée car
ce questionnement est évité. Non seulement l'informaticien ne prépare
pas un produit doté d'une capacité d'agir mais il prépare aussi un
utilisateur qui est obligé d'agir selon le protocole de la
représentation informatique.\
On peut se demander si cet horizon stabilisé et clos ne surgit pas
précisément du fait que les informaticiens manquent d'auto-réflection
quant à leurs propres méthodes. Ils pourraient aussi envisager
d'abandonner ces méthodes en exécutant des actions transformatives.\
La question de "l'abandon des méthodes" ne se pose plus. Les
informaticiens, considèrent-ils leurs propres méthodes, théories et
concepts comme des outils capables de passer par un processus
créationnel afin de produire des représentations informatiques?\
Il est possible que c'est à cause de leur propre inactivité créative que
les informaticiens doutent du potentiel de transformation des
utilisateurs.\
Les informaticiens accordent leurs actions de plus en plus aux produits
qu'ils élaborent.\
Dans ces produits les données et les procédures sont préparés à l'usage.
Les produits sont des moyens communs mis à la disposition des
utilisateurs. L'informaticien se prédispose ainsi comme une personne
figée dans la routine des méthodes prédisposées. Les représentations
informatiques deviennent des choses et les utilisateurs et les
concepteurs sont eux aussi considérés comme des moyens dont on peut
faire usage.\
Lorsque l'informaticien et l'utilisateur se voient enclavés dans un
réseau de représentations informatiques closes, l'homme est réduit à une
chose dont l'utilisation est figée.\
Le doute ne semble plus être sensé faire partie du bon usage des
actions. La sécurité et la protection incorporées ne sont rien d'autre
que la sécurité même des concepteurs et celle-ci mène de toute évidence
au désarroi et à la sclérose des utilisateurs et concepteurs à moins que
l'on arrive à intégrer cet "abandon" dans la conception des rôles
prédisposés. Le processus des propres actions transformatives des
utilisateurs et des concepteurs semble disparaître. L'ignorance et
l'empêchement des processus qui amènent des constructions de
significations est une des causes principales de la distance
grandissante entre utilisateur et informaticien. Dans ces processus les
différences internes et les différences qui opposent l'utilisateur à
l'informaticien sont perceptibles et mises en valeur.\
Des mondes naissent où la présence mutuelle des informaticiens et
utilisateurs est basse si les différences dans les divers processus qui
amènent des constructions de significations ne sont plus perceptibles.
Les images des actions des uns et des autres se sclérosent et se figent.
Réciproquement ils ne doutent pas de leurs actions mutuelles. Le doute
s'associe désormais uniquement à l'action du produit, qui est déconnecté
de ses concepteurs au moment de son envoi aux utilisateurs. Il ne
fonctionne plus comme un médium d'observation mutuelle et des processus
qui amènent des constructions de significations. La sclérose mutuelle
entre utilisateurs et informaticiens donne lieu au désarroi quand le
produit ne fonctionne pas.\
L'informatique qui esquive le doute, le conflit et l'action inattendue
ne sert que des opinions qui conviennent à l'élaboration de ses
produits. Elle éclipse les différences existantes entre les individus et
les situations. L'informatique et les produits qu'elle élabore risquent
ainsi de ne connaître qu'un développement unilatéral qui limitera à son
tour la capacité d'adaptation des utilisateurs. La distance qui apparaît
entre utilisateur et informaticien est due à l'image généraliste et
réductrice que l'informaticien se fait de l'action de l'utilisateur, ce
qui se traduit et se fige dans les représentations informatiques.

**Reconnaître le dilemme: l'art de l'action.**

Cette recherche a jeté une nouvelle lumière sur les espaces où ont lieu
l'interprétation et la représentation des champs d'application et des
produits de l'informatique. Il s'agit notamment de ne plus envisager ces
espaces comme des lieux harmonieux et dépourvus de conflits ou qui
devraient l'être. Les interactions entre individus et représentations
informatiques qui ne s'accordent pas entièrement et les vides entre
l'interprétation et la représentation ne doivent pas être considérées
comme des erreurs corrigeables. La différenciation ne doit pas être
résolue en tant que spécialisation d'une généralisation.\
En face des similitudes les différences se réduisent.\
Au contraire, les différences entre l'interprétation et la
représentation sont une richesse appréciable. C'est par elles que se
crée l'espace pour les processus de négociations sur les différences et
lors desquels d'autres différences naissent.\
Chaque action est une représentation. Ce sont les différences entre les
représentations, les différentes représentations, et les différentes
significations attribuées à ces représentations qui peuvent susciter une
continuelle conversation critique qui -- éventuellement - amènerait des
actions transformatives.\
C'est un processus au cours duquel les dualités provoquent les
dialogues.\
Les attentes créées par les acteurs changent à travers l'interaction
mutuelle et à travers l'interaction avec les représentations
informatiques et ces attentes qui surgissent et qui changent sont
imprévisibles.\
Les informaticiens ne sont bien sûr pas des clairvoyants capables de
prédire le futur.\
La reconnaissance des limites des méthodes et des représentations de
l'informatique par les informaticiens et les utilisateurs offrira
l'opportunité de développer la propre créativité.\
Ce renversement dans l'appréciation de la différence de l'autre et de sa
diversité est ce à quoi l'informatique se doit d'aspirer.\
C'est souhaitable parce que les tensions entre l'attendu et l'inattendu
convergent dans le souhait.\
Ce retournement dans les processus de transformation présente en premier
lieu l'occasion de rompre avec les actions évidentes. Il ne doit donc
aucunement limiter son aspiration à l'amélioration des actuels produits
informatiques, mais s'ouvrir à la possibilité du changement continuel de
l'action prévue. Ces dilemmes sont souhaitables, et cela pour plusieurs
raisons.\
D'abord parce que l'informaticien aime élaborer des produits qui
répondent maximalement aux vœux du plus de personnes possibles: des
produits dont l'utilisation ne perturbe pas les utilisateurs ou qui ne
gène pas leurs activités. Mais dans un deuxième temps il sera nécessaire
d'élaborer des produits qui jettent la lumière sur le panorama des
activités des individus afin de reprendre conscience de leurs propres
actions et de celles des autres individus.\
D'une part les utilisateurs préfèrent disposer de moyens qui non
seulement fonctionnent tels qu'ils sont supposés fonctionner mais qui
appuient des processus créatifs, à savoir, ceux qui offrent aux
individus la possibilité de réaliser leurs particularités.\
Ce n'est pas un fonctionnement parfait des représentations informatiques
qui servira le processus de créativité car c'est souvent un manque de
moyens ou de ressources qui stimule l'élaboration de représentations
inattendues et créatives. Les actions de la représentation informatique
reflétées dans l'action même de la représentation et l'action que doit
exécuter l'utilisateur ne peuvent supprimer l'action de création ni
empêcher l'action proprement dite.\
Heidegger parle d'un temple grec qui à ses yeux est une œuvre d'art
parce que ce temple dévoile et fait découvrir les nuances et la variété
dans le ciel et dans le paysage. Ce temple rompt avec l'évidence de ce
ciel et de ce paysage. A l'exemple du temple, les représentations
informatiques ne devraient pas occulter les activités humaines mais
faire percevoir à nouveau la beauté et la grande variété des actions
humaines.\
La présence de lieux qui favorisent les processus qui mènent à la
création de significations et au sein desquels "l'élaboration de
l'action" des utilisateurs et des informaticiens est discutée, stimulée,
simulée et exécutée constitue possiblement un remède à la sclérose
mutuelle des utilisateurs et des informaticiens. La création de tels
lieux où l'observation des actions réciproques est perceptible
permettrait de faire naître un respect mutuel et l'établissement d'un
dialogue symétrique entre l'utilisateur et l'informaticien. Dans ce
dialogue symétrique ils discuteront des actions futures en partant de
nouvelles significations apportées aux actions passées.\
La diversité des actions de différents informaticiens et d'utilisateurs
et la différence entre les interactions utilisateur-informaticien
donnent dans ces lieux naissance à l'inattendu qui est générateur
d'actions transformatives.\
Afin de donner corps et contenu à ces lieux, les études du genre
pourraient nous inspirer.\
L'idée qu'un produit informatique est plus agréable d'emploi quand les
utilisateurs ne doivent pas entamer des processus de négociations avec
les représentations informatiques pourrait être renversée en raisonnant
qu'il n'est pas très aimable non plus de ne pas se fier à la capacité de
création des utilisateurs.\
Ce changement devra aller de pair avec un changement dans les idées des
utilisateurs. Notamment l'idée qu'il est possible d'élaborer des
représentations informatiques si intelligentes qu'elles peuvent répondre
à n'importe quel vœu. Les utilisateurs doivent avoir l'opportunité de
développer des idées et de se sentir responsables des actions des
représentations. Par cette voie ils apprendront à s'habituer et à
découvrir les actions qu'une représentation informatique est capable
d'exécuter.\
Les processus de changement ne commencent pas aux confins d'une
discipline. Ce n'est que quand on fait éclater le noyau où les limites
et les restrictions ont été figées que l'action transformative
s'invente. Maintenant que ce noyau a éclaté en fragments différentiés,
les processus de création de significations démarrent. Les limites de
dissociation deviennent plus floues telles que la frontière entre
l'action de "utiliser" et de "élaborer" ou encore la frontière entre ce
qui est "féminin" et "masculin" .Dans la création d'ouvertures qui
contiennent les différences, des associations pourraient être dissociées
telles que l'association de "féminité" à "utilisation" et de
"masculinité" à "création". Grâce aux dissociations, de nouvelles
alliances se forment basées sur l'affinité et l'affection tel que le
formule Donna
Haraway.[ \[[6](#nb6 "Donna Haraway explique dans “A Cyborg Manifesto” que la formation d’alliances (...)"){#nh6
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}\]\
Dans un univers informatique composé de cette façon, chacun et chacune
est un expert dans les actions issues de sa propre expérience. Dans ces
espaces de critique, des processus de création de significations sont
possibles à chaque moment et mettent en doute les actions considérées
comme évidentes.\
La possibilité de créer de tels espaces est la condition minimale pour
établir un dialogue symétrique entre "féminin" et "masculin". La
diversité de la féminité et de la masculinité et leurs différentes
significations contribuent à l'organisation des espaces grâce au
dialogue interactif. L'informatique et le genre sont des processus qui
créent des significations et qui s'influencent et se constituent
mutuellement. Ce procédé d'influence et de constitution mutuelle doit
être présent dans l'univers informatique. Concevoir l'interaction comme
un monde de différences est une réponse apportée par les études de
genre. Cette interaction est un monde de différence si les utilisateurs
et les informaticiens laissent vivre ces différences et "abandonnent"
l'angoisse du conflit et du doute.\
Cette réponse n'est pas la solution définitive à la question.\
Toujours est-il que c'est l'action d'élaboration des femmes et des
hommes qui vivifiera le monde des différences de l'interaction.\
Maaike Meijer a décrit les différentes attitudes possibles des lecteurs
féminins vis-à-vis d'un texte. Selon elle la littérature féministe était
initialement centrée sur le déplaisir que suscitait la lecture et ce
déplaisir était une projection de la lectrice qui se sentait une victime
de l'identité masculine de la littérature \[Meijer88, p. 12\]. Les
recherches féministes dans le domaine de l'informatique voyaient dans un
premier temps l'utilisateur féminin (ou la lectrice de programmes
informatiques) également comme une victime d'une industrie informatique
dominée par les hommes. Dans la manière de travailler avec un ordinateur
on lisait une masculinisation forcée. Les campagnes qui furent lancées
pour "rattraper le retard" espéraient faire de l'utilisateur un
'assenting user' \[Meijer88, p. 12-13\] c'est-à-dire un utilisateur qui
suit avec exactitude ce que lui imposent les structures rhétoriques de
l'informatique, du logiciel, du matériel et la structure de
l'organisation et ce que l'informatique dominante lui impose de voir
comme «beau».\
Le rattrapage du retard est en effet un activité émancipatrice
nécessaire mais elle ne permet pas de voir clair dans sa raison d'être.
C'est agir comme les mouvements de libération qui ne recherchent pas les
racines de la discrimination - en d'autres mots, c'est un emplâtre sur
une jambe de bois ." \[Meijer88, p. 9\].

A cet utilisateur consentant Maaike Meijer oppose l'utilisateur
résistant. Un acteur qui s'oppose à l'informatique et à ses produits.
Cette résistance se manifeste de plusieurs façons, par exemple le rejet
et la négation des technologies de communication et d'information et la
cessation des formations organisées.\
L 'utilisateur résistant ( le "resisting reader") constatera que les
dérèglements (les doutes) que l'informatique lui offre sont en fait des
représentations des structures linguistiques et philosophiques que
l'informatique repousse. L'utilisatrice donne des interprétations
inspirées par la colère à sa collision avec le domaine de
l'informatique. Le remplacement d'un "assenting user" par un "resisting
user" est certes un tournant nécessaire mais ce n'est pas la seule façon
de résister activement et il serait mieux de penser plus souvent en
termes de plaisir autonome.\
Elle propose une autre façon d'employer les systèmes cités plus haut, à
savoir, l'approbation ou la résistance dans l'utilisation des systèmes.
Au lieu d'un usage manipulateur elle propose un usage érotique.
L'utilisateur qui est manipulé se laisse emporter par la technologie
sans avoir donné sa permission. L'utilisatrice érotique se laisse
séduire à bon escient mais séduit à son tour le "texte" de
l'informatique: l'usager érotique n'est pas passif. Elle jouit et
réfléchit sur sa jouissance \[Meijer88, p. 13\]. C'est aussi ma position
vis-à-vis de l'informatique, je suis une "outsider within» qui prend
plaisir à la séduction de
l'informatique. [ \[[7](#nb7 "Se sentir ainsi balotté entre les positions de “insider” et de “outsider” est (...)"){#nh7
.spip_note}\]]{.spip_note_ref}\]\
En tant qu'informaticienne j'ai pu constater que ce sont les méthodes
qui attirent et repoussent simultanément qui vous permettent de créer et
d'élaborer.

C'est cette discontinuité qui m'attire.\
Les informaticiens et les acteurs qui travaillent avec les produits
informatiques devraient comprendre que, comme le dit si bien Maaike
Meijer-"(...) Quand un texte ne rend que ce que tu sais déjà, la lecture
devient ennuyante. C'est l'étrangeté qui fascine et qui attire"
(Meijer88, p.15).\
Si l'informatique perdait son ennui, elle attirerait enfin les femmes.
C'est une échappatoire possible pour l'informaticien féminin féministe,
sortir du dilemme, se voir comme une combinaison de "utilisateur
résistant" et de "utilisateur érotique".\
Selon Meijer l'aspect érotique réside précisément dans la discontinuité,
non pas dans la continuité. L'énoncé du doute est un moment érotique. Le
doute cultive le plaisir de fréquenter les représentations informatiques
( le "plaisir de la lecture").\
Mais cette qualité d'attraction et de répulsion simultanée est-elle
possible quand la représentation informatique se caractérise par une
mémoire sélective et qu'elle programme les actions interactives, qu'elle
qualifie chaque discontinuité d'action comme une erreur?

A mon avis cela fait accroître la tension entre la répulsion et
l'attirance, entre la création et l'utilisation.

**\
BIBLIOGRAPHIE**

**Adam, Alison/Emms, Judy/Green, Eileen/Owen, Jenny** (1994),\
Women, Work and Computerization. Breaking Old Boundaries -- Building New
Forms. Amsterdam: Elsevier Science

**Adam, Alison** (1994),\
Who knows how? Who knows that? Feminist Epistemology and Artificial
Intelligence. In: \[Adam94\], p. 143-156\
**\[Adam98\] Adam, Alison** (1998), Artificial Knowing, Gender and the
Thinking Machine. London: Routledge

**Biesta, Gert** (1998), The Right to Philosophy of Education: From
Critique to Deconstruction. In: Yearbook of Philosophy of Education
1998. Chicago: University of Illinois, the Philosophy of Education
Society\
<http://www.ed.uiuc.edu/PES/1998/biesta.html>

**Butler, Judith** (1990), Gender trouble: Feminism and the subversion
of identity. New York: Routledge

**Collins, Patricia Hill** (1990), Black feminist thought: Knowledge,
consciousness and the politics of empowerment. New York: Unwin Hyman,\
**\
Coyne, Richard** (1995), Designing Information Technology in the
Postmodern Age. From Method to Metaphor. Cambridge, Massachusetts: The
MIT Press

**Crutzen, Cecile K.M./Vosseberg, Karin** (1998), Die Interaktion
zwischen objektorientiertem Denken und feministischer Kritik -- eine
dynamische Verbindung. Didaktische und inhaltliche Beschreibung eines
Seminars. Internal Paper. Heerlen/Bremen: Open Universiteit en
Universität Bremen, Informatica Feminale (toegevoegd aan dit
proefschrift in bijlage C)

**Crutzen, Cecile K.M./Vosseberg, Karin** (1999), Die Interaktion
zwischen objektorientiertem Denken und feministischer Kritik -- eine
dynamische Verbindung. In: Dreher, B./et al. (eds.) (1999), Software
Engineering im Unterricht der Hochschulen SEUH '99. Stuttgart: Teubner
Verlag, p. 149-165

**Crutzen, Cecile K.M./Gerrissen, Jack F.** (2000), Doubting the OBJECT
World. In: Balka, Ellen/ Smith, Richard (eds), Women, Work and
Computerization, Charting a Course to the Future, Boston: Kluwer
Academic P., p. 127-136

**Crutzen, Cecile K. M**., Interactie, een wereld van verschillen (Een
visie op informatica vanuit genderstudies). Dissertation, Open
universiteit, Heerlen, 2000

**Culler, Jonathan** (1983), On Deconstruction. Theory and Criticism
after Structuralism. London: Routledge and Kegan

**Eriksson, Inger V./Kitchenham, Barbara A./Tijdens Kea G.** (1991),
Women, Work and Computerization: Understanding and Overcoming Bias in
Work and Education. Amsterdam: Elsevier Science Publishers

**Flax, Jane** (1990), Postmodernism and Gender Relations in Feminist
Theory. In: \[Nicholson90\], p. 39-62

**Graybeal, Jean** (1990), Language and 'the feminine' in Nietzsche and
Heidegger. Bloomington: Indiana University Press\
**\
Green, Eileen/Owen, Jenny/Pain, Den (eds.)** (1993),\
Gendered by Design?, Information Technology and Office Systems. London:
Taylor & Francis

**Heidegger, Martin** (1936), Der Ursprung des Kunstwerkes. Gebruikte
uitgave: (1960). Stuttgart: Philipp Reclam jun.

**Haraway, Donna J.** (1983), The Ironic Dream of a Common Language for
Women in the Integrated Circuit: Science, Technology, and Socialist
Feminism in the 1980s or A Socialist Feminist Manifesto for Cyborgs
<http://www.rochester.edu/College/FS/Publications> /HarawayCyborg.html

**Haraway, Donna J.** (1991), Simians, Cyborgs, and Women. The
Reinvention of Nature. London: Free Association Books

**Haraway, Donna J.** (1991), A Cyborg Manifesto: Science, Technology
and Social-Feminism in the late literaire systeem. Amsterdam: Sara/Van
Gennep. In \[Haraway91\], p.149-181\
**\
Hirschheim, Rudy/Klein, Heinz K./Lyytinen, Kalle** (1995), Information
Systems Development and Data Modeling. Conceptual and Philosophical
Foundations. Cambridge: Cambridge University Press

**Laurel, Brenda** (1993), Computers as Theatre. Reading, Massachusetts:
Addison-Wesley

**Keller, Evelyn Fox** (1985), Reflections on gender and science.
Vail-Ballou, Binghamton, N.Y.: Yale University

**Meijer, Maaike** (1988), De Lust tot Lezen, Nederlandse dichteressen
en het literaire systeem,. Amsterdam : Sara/Van Gennep

**Meijer, Maaike** (1991), Binaire opposities en academische problemen.
In: Tijdschrift voor vrouwenstudies 45, jrg. 12, nr. 1, p. 108-115

**Metselaar, Carolien** (1991), Gender Issues in the Design of Knowledge
Based Systems. In: \[Eriksson91\], p. 233-246

**Murray, Fergus** (1993),\
A Separate Reality: Science, Technology and Masculinity. In: \[Green
93\], p. 64-80

**Star, Susan Leigh** (1991), Invisible Work und Silenced Dialogues in
Knowledge Representation. In: \[Eriksson91\], p. 81-92

**Vasterling, Veronica** (1983), De dubbele strategie van de
dekonstruktie bij Derrida. In: Tijdschrift voor philosophie, jrg. 1983,
afl. 1, p. 90-111

**Winograd, Terry** (ed.) (1996), Bringing Design to Software. New York:
ACM Press/Reading, Massachusetts: Addison-Wesley
:::

::: {.notes}
::: {#nb1}
[\[[1](#nh1 "Footnotes 1"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Je conçois
l'univers informatique comme un monde d'interaction qui se compose
d'acteurs qui conceptualisent, utilisent, représentent et interprètent
des représentations informatiques.\
Les représentations informatiques ne sont pas seulement des produits
informatiques dans la forme de logiciel et de matériel mais aussi les
méthodes et théories qui conceptualisent ces produits informatiques.Les
acteurs environnants attribuent une série de significations à ces
représentations informatiques telles que équipement, outil, rôle, moyen,
lieu de travail, monde.Chacune de ces significations indique comment les
acteurs impliquent les représentations informatiques dans leurs actions.
:::

::: {#nb2}
[\[[2](#nh2 "Footnotes 2"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Jane Flax
parle des relations du genre comme d'un ensemble de processus sociaux
complexes et instables. Ces processus sont générés par de nombreux
éléments interdépendants dans un système. (Flax90, p.44-45). Distinguer
le genre et le sexe implique la dissociation du genre et du sexe
biologique. Cette dissociation, selon Judith Butler, permet d'abandonner
l'opposition binaire du genre.\
"The presumption of a binary gender system implicitly retains the belief
in a mimetic relation of gender to sex whereby gender mirrors sex or is
otherwise restricted by it". \[Butler90, p. 6\]\
Dans l'optique de Judith Butler le genre est une représentation exécutée
chaque jour par chaque individu.\
"Gender ought not to be constructed as a stable identity or locus of
agency from which various acts follow, rather, gender is an identity
tenously constituted in time, instituted in exterior space through a
stylized repetition of acts." ( Butler90, p.140). Selon Fergus Murray
les processus du genre et des technologies se déroulent à travers les
les associations internes des oppositions.(Murray93, p.67)\
Cette association redéfinit continuellement la féminité comme le
non-technologique; Fergus Murray estime que la peur de l'incertitude est
à la base de la résistance masculine vis-à-vis de la féminité:\
"(...) When we look at male resistance to the "dilution" by woman and/or
the feminine of science and technology as culture and practice.
Resistance springs not just from a protection of power and
privilege(...) it also comes from a deeper motive to protect a masculine
reality that has secured itself in the symbolic and processual
significance of science and technology."(Murray93,p.78) Dans ma thèse
j'en dit ce qui suit dans le fragment présent "To say yes to the
established horizon of the Informatics discipline means to lose the
potential of doubt because socialisation demands a commitment to the
practices of the discipline.To say no means to reinforce the link
between the technical-social and the male-female oppositions. A forced
socialisation of women into the Informatics discipline will not change
its methods or assumptions. Giving the responsibility of changing
Informatics to women by means of the incorporation of human and ethical
aspects or by taking it as a necessary condition for involving more
women is based on the stereotyping of the sexes and will only freeze the
binary oppositions."
:::

::: {#nb3}
[\[[3](#nh3 "Footnotes 3"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Il a déjà été
mentionné que les études du genre sont une branche interdisciplinaire
qui interactent surtout avec les disciplines centrées sur l'interaction
des humains. Il serait intéresssant d'intégrer la
"Human-Computer-Interaction" ( HCI ) -- " Interaction- Humain
--Ordinateur" comme une branche séparée, indépendante et
interdisciplinaire dans le domaine de l'informatique. Cette branche de
l'informatique pourrait sous certaines conditions devenir un univers
d'interaction dans lequel les significations conceptualisées
n'oppriment, ni ne figent la féminité. Dans les champs d'application du
logiciel et du matériel l'accès à l'interaction est moins évidente.
Terry Winograd et Brenda Laurel travaillent dans la branche du HCI. Dans
le passé l'objet de recherche principal concernait la conceptualisation
technique de l'interface de l'ordinateur mais actuellement elle
s'oriente plus vers l'utilisateur et recherche quels interactions
il/elle aimerait avoir avec l'ordinateur. L'attention n'est plus centrée
sur la façon d'élaborer un interface qui sert d'accès à l'ordinateur. La
position de départ actuelle concerne la création des espaces destinés à
l'utilisateur afin que ce dernier puisse choissir l'entrée qui lui
convient. L'interface cesse d'être un plan bi- dimensional mais devient
un volume d'interactivité.
:::

::: {#nb4}
[\[[4](#nh4 "Footnotes 4"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Il est évident
que dans certains univers humains nous percevons des types
comportementaux, des rituels et des conventions qui ressemblent à des
protocoles figés bien qu'ils sont présents implicitement. L'existence
explicite de protocoles comportementaux sont constatés également dans
d'autres univers notamment dans l'univers juridique.
:::

::: {#nb5}
[\[[5](#nh5 "Footnotes 5"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Terry Winograd
nous parle de "inward-looking perspective" (Winograd96, p. xvi) ,
l'approche dominante dans le monde des informaticiens. Le regard de
l'informaticien est dirigé vers l'intérieur, c'est-à-dire vers le
fonctionnement et la construction de la représentation informatique, et
ne s'oriente pas vers les univers d'interaction dans lesquels il sera
finalement opératif.
:::

::: {#nb6}
[\[[6](#nh6 "Footnotes 6"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Donna Haraway
explique dans "A Cyborg Manifesto" que la formation d'alliances à base
d'affinité n' est pas forcément inspirée par le sentiment de partager
une même identité " (...) identity marks out a self-consiously
constructed space that cannot affirm the capacity to act on the basis of
natural identification, but only on the basis of coalition, of affinity,
of political kinship." Elle a compris -et je suis du même avis- que
l'unité naît trop souvant de la dominance, de l'incorporation et de la
socialisation obligée. Quelle est l'importance de se demander comment
ces alliances peuvent se construire sans retomber dans le dogme des
"ismes". "(\...) The theoretical and practical struggle against
unity-through-domination or unity-through-incorporation ironically not
only undermines the justifications for patriarchy, colonialism,
humanism, positivism, essentialism, scient-ism, and other unlamented
-isms, but all claims for an organic or natural standpoint. (\...) all
'epistemologies' as Western political people have known them fail us in
the task to build effective affinities." \[Haraway91a, p. 155-157\]
Cette langue de l'alliance doit être selon Donna Haraway une langue qui
acceuille les liens affectifs mais qui les laisse libre de se défaire.
"This is a different dream not of a common language, but of a powerful
infidel heteroglossia." \[Haraway91a, p. 181\] "(\...) pleasure in the
confusion of boundaries and for responsibility in their construction.
(\...) The political struggle is to see from both perspectives at once
because each reveals both dominations and possibilities unimaginable
from the other vantage point. Single opinion produces worse illusions
than double opinion or many-headed monsters. Cyborg unities are
monstrous and illegitimate; in our present political circumstances, we
could hardly hope for more potent myths for resistance and recoupling."
\[Haraway91a, p. 150, p. 154\]. Ainsi le féminisme dans tous ses
variétés se voit muni d'une force politique qu'on peut employer à
escient et qui signale les opinions et alliances dominantes, qui forme
des alliances nécessaires ou affectives sans être forçé de parler comme
une victime marginalisée. Donna Haraway le formule ainsi: "Strong
practical alliances with groups engaged in struggling over the social
relations of science and technology should be developed. Hi tech user
groups, including several groups of technologically savy women, some of
whom identify as feminist, might be promising social organizations with
whom to explore alliances and from whom to learn things that do not fit
our present stereotypes." \[Haraway83
:::

::: {#nb7}
[\[[7](#nh7 "Footnotes 7"){.spip_note}\] ]{.spip_note_ref}Se sentir
ainsi balotté entre les positions de "insider" et de "outsider" est
certes dans des communautés pareilles problématique mais c'est aussi une
source de créativité. Patricia Hill Collins a décrit cette situation
pour la position des femmes noires dans le féminisme: "The dilemma
facing Black women scholars engaged in creating Black feminist thought
is that a knowledge claim that meets the criteria of adequacy for one
group and thus is judged to be an acceptable knowledge claim may not be
translatable into the terms of a different group (\...). Although both
worldviews share a common vocabulary, the ideas themselves defy direct
translation. For Black women who are agents of knowledge, the
marginality that accompanies outsider-within status can be the source of
both frustration and creativity. In an attempt to minimize the
differences between the cultural context of African-American communities
and the expectations of social institutions, some women dichotomize
their behavior and become two different people. Over time, the strain of
doing this can be enormous. Others reject their cultural context and
work against their own best interests by enforcing the dominant group's
specialized thought. Still others manage to inhabit both contexts but do
so critically, using their outsiderwithin perspectives as a source of
insights and ideas." \[Collins90
:::
:::

::: {.download}
Download document:
[IMG/png/crutzen.png](https://www.constantvzw.org/verlag/IMG/png/crutzen.png)
:::

::: {.download}
Download document:
[IMG/png/Capture-CRUTZEN-FR\_en\_lecture\_seule\_-\_OpenOffice-org\_Writer\_.png](https://www.constantvzw.org/verlag/IMG/png/Capture-CRUTZEN-FR_en_lecture_seule_-_OpenOffice-org_Writer_.png)
:::

::: {.download}
Download document:
[IMG/png/tableau2.png](https://www.constantvzw.org/verlag/IMG/png/tableau2.png)
:::
:::


